jeudi, 03 mai 2007

Sarkozy en faiblesse sort son pot de moutarde

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Contrairement à ce que disait Alain Duhamel sur une station de radio ce matin, je ne pense pas que la "colère" de Mme Royal était calculée mais qu'au contraire la provocation masquée de M. Sarkozy était le pot de moutarde caché sous la table. En effet, si l'on relit au plus près l'échange, on constate que M. Sarkozy après avoir été déstabilisé sur le droit opposable, voulait "toucher" (blesser) Mme Royal sur un sujet qui lui tient à coeur.

Ségolène Royal : Les gens vont aller devant les tribunaux alors qu'ils sont déjà débordés et qu'ils ont autre chose à faire? Ce n'est pas sérieux!

Nicolas Sarkozy : Ce n'est pas gentil de dire des choses comme cela. Je vais prendre un exemple qui va peut-être vous toucher. L'affaire des enfants handicapés dans les écoles. Je considère qu'il est scandaleux qu'un enfant ayant un handicap ne puisse pas être scolarisé dans une école "normale."


Mme Royal s'en est très bien sorti en parlant de "colère saine" et M. Sarkozy d'exploiter à fond les effets de sa moutarde qui monte au nez en tirant des conclusions très attives sur le sang froid de son adversaire.

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Il est bon de rappeler ici quelques vérités sur le fond, comme le fait un communiqué de presse de L'Association Nationale Pour l'Intégration des Personnes Handicapées Moteurs

L'Association Nationale Pour l'Intégration des Personnes Handicapées Moteurs dénonce vigoureusement la prise en otage des enfants en situations de handicap dans un échange purement politicien lors du débat télévisé de ce soir entre les deux candidats à la Présidence de la République, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.



Primo, il est exact que Ségolène Royal a créé les groupes handiscol lorsqu'elle était ministre déléguée à l'enseignement pour favoriser l'intégration scolaire des enfants dits handicapés et a favorisé le recours à des emplois sociaux (contrats emploi-solidarité, contrats emploi consolidé) par des associations de parents dont l'objectif était de créer un corps d'auxiliaires de vie scolaire pour accompagner les enfants à l'intérieur de l'école et permettre ainsi une scolarisation maxima, corps d'auxiliaires de vie scolaire développé ensuite par le recours aux emplois jeunes qui a permis d'atteindre les 5000 postes créés en avril 2002.



Secundo, il est exact que la suppression des emplois jeunes au terme du contrat de cinq ans a créé une profonde émotion dans les rangs des associations gestionnaires de services d'auxiliaires de vie scolaire, et ce d'autant plus que la création de ces services avait largement permis d'augmenter le nombre d'enfants intégrés à l'école.


Tertio, il faut savoir que l'exigence de très nombreux directeurs d'école consistant à n'accepter d'intégration d'enfant qu'à la condition que celui-ci soit accompagné d'un auxiliaire de vie scolaire, que l'enfant en ait réellement besoin ou pas, avait créé à ce moment-là un flottement dans le développement de ces services et imposé à tous la nécessité de réfléchir plus avant pour mettre en place une politique cohérente d'intégration scolaire des enfants en situations de handicap.



Quarto, il faut savoir que la décision du Président de la République, à la suite des premiers travaux déjà réalisés dans le cadre du ministère de Ségolène Royal, de procéder à la réforme de la loi de 1975 dite « en faveur des personnes handicapées », a conduit le gouvernement à transférer au sein de l'Education nationale les auxiliaires de vie scolaire gérés jusque-là dans le cadre associatif au cours du deuxième semestre 2002, décision qui avait ajouté à l'émotion des associations de parents, gestionnaires de ces services ,craignant que de surcroît ces services soient totalement supprimés.



Cinco, il faut savoir que fin 2002, dans une certaine confusion il est vrai quant au nombre réel des auxiliaires de vie scolaire opérationnels à ce moment-là, comme produit de la pression revendicative de l'ensemble du mouvement associatif le Projet de Loi de Finance 2003 voté à l'Assemblée nationale prévoyait le financement de 1000 auxiliaires de vie scolaire supplémentaires, pour porter année après année le nombre actuel à environ 7500.



L'ANPIHM se montre aujourd'hui très réservé sur l'intérêt du « droit opposable » dans la mesure où un enfant, certes en situations de handicap, est d'abord et avant tout un enfant ayant les mêmes droits que tous les autres enfants, c'est-à-dire le droit à une scolarisation, selon des moyens adaptés si nécessaires, avec l'ensemble des autres enfants, chaque fois que les limitations découlant de sa déficience n'appellent pas une scolarisation dans une structure médico-sociale.


L'ANPIHM se déclare scandalisée sur le fait que cette question, vécue le plus souvent douloureusement par les familles dans la mesure où l'intégration scolaire des enfants en situations de handicap constitue encore aujourd'hui un véritable parcours du combattant, ait pu être délibérément l'objet d'une joute politicienne au travers de l'expression d'une colère sciemment composée tout aussi condamnable que la compassion savamment exprimée.



L'ANPIHM tient à rappeler à cette occasion la nécessité impérieuse de revisiter l'ensemble de la loi du 11 février 2005 dite « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » dans la mesure où cette loi ne répond pas aux attentes et aux aspirations maintes fois exprimées par les personnes en situations de handicap lorsqu'elles ont eu la possibilité de s'exprimer librement au cours de ces derniers mois.

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